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Un autre échec annoncé des programmes internationaux

La scolarisation ne s’améliore pas dans les pays africains ou s’améliore péniblement ou très lentement malgré l’intervention massive des organisations internationales, les programmes de développement de l’éducation, le recrutement en masse de pseudo-enseignants (les contractuels formés à la va-vite sur le tas), les ressources investies par les financeurs du programme Fast.Track, les évaluations des systèmes d’enseignement. On peut parler de surplace éducatif. Le modèle scolaire des pays développés ne parvient pas à s’implanter. La greffe scolaire ne réussit pas. Une question mérite d’être posée : jusqu’à quand va-t-on continuer sur cette voie ? L’objectif d’une éducation primaire pour tous (tout les enfants) d’ici 2015 s’éloigne de plus en plus. Un autre échec est annoncé.

Lorsqu’on lit les statistiques de l’enseignement de l’UNESCO concernant la République Démocratique du Congo [1] on se rend compte immédiatement que presque rien ou très peu a bougé en ce qui concerne la scolarisation de base depuis une quinzaine d’année.

Beaucoup de données sont manquantes, ce qui est la preuve de l’absence d’un appareil statistique décent et donc de l’absence d’une gestion correcte de l’enseignement public et privé et d’un pilotage approprié du système d’enseignement. L’IUS (l’Institut de statistique de l’UNESCO) continue à publier les taux bruts de scolarisation qui ne disent absolument rien. Les taux nets de scolarisation dans l’enseignement primaire en 2005 étaient d’environ 70% avec une progression de 15% par rapport à 1991. C’est une des rares données positives. Dans l’enseignement secondaire le taux net est d’environ 25%.

Dans le site l’Expresso du Café pédagogique du 5 septembre 2007 on résume ainsi la situation : "En attendant, un enfant sur trois n’est pas scolarisé (un taux plus élevé qu’en 1991). Seulement 39% des écoliers finissent les 4 années du primaire. Un adulte sur trois est analphabète. Nombre d’écoles sont dépourvues de bancs et de tables. Pire encore, des écoles publiques n’ont jamais eu de titre de propriété ce qui incite d’autres administrations à occuper leurs terrains"

Le quotidien congolais "Le Potentiel" dédie deux articles à la rentrée scolaire ratée au Congo qui en disent beaucoup sur les conditions déplorables de scolarisation, sur les difficultés d’enseigner, sur l’impossibilité de développer des écoles semblables à celles existant dans les pays du Nord, les colonisateurs du continent. On ne peut pas copier les écoles des anciens patrons. Le terme de référence est erroné.

La rentrée scolaire était prévu le 3 septembre mais ce jour-là la plupart des écoles sont restées fermées, selon"Le Potentiel" du 4 septembre 2007. La plupart des enseignants ont boycotté la rentrée. "Congo-Kinshasa : Rentrée ratée" titrait le quotidien.

Dans un article antérieur de présentation de la rentrée, "Congo-Kinshasa : Rentrée scolaire 2007-2008 hypothétique", daté du 31 août 2007, "Le Potentiel" annonce la débâcle. Le quotidien n’hésite pas à parler de "la mort de l’enseignement en RDC". Une mort annoncée, donc, dans un certain sens, tout le contraire des objectifs de l’UNESCO, du G8 et de la Banque Mondiale.

Salaire des enseignants

Les salaires des enseignants sont dérisoires et ne sont pas toujours versés régulièrement. C’est une situation qui se retrouve par ailleurs dans plusieurs autres pays africains. Les enseignants doivent donc se débrouiller pour vivre car souvent ils ne sont pas payés ou ne reçoivent pas qu’une très maigre rémunération.

Le statut des établissements

Par ailleurs, plusieurs écoles publique n’ont pas un statut juridique et de ce fait se trouvent dépossédé de leurs infrastructures et de leurs terrains : "Déjà, on déplore l’aliénation d’une partie de terrains abritant les écoles. On trouve, à titre d’exemple, l’installation des antennes des télécommunications dans les concessions scolaires." (Le Potentiel, ibid.).

La gratuité de l’enseignement

Le gouvernement a décrété la gratuité de l’enseignement mais la décision est une leurre. Dans la pratique, les enseignants et les établissements demandent aux parents des contributions qu’on appelle "frais de motivation" pour compenser l’insuffisance des salaires et des ressources attribuées aux établissements. Ces frais, qu’on appelle aussi "frais des imprimés" sont illégaux, mais "la plupart des chefs d’établissements scolaires foulent aux pieds la décision gouvernementale relative à la gratuite des inscriptions scolaires et perçoivent des frais de motivation". (Le Potentiel, ibid.). Bien entendu, on retrouve les mêmes situations dans d’autres systèmes africains d’enseignement.

L’enseignement public à la débandade

Les parents sont pris au piège. S’ils veulent scolariser leurs enfants ils doivent dépenser des sommes exorbitantes : les frais de motivation qui servent pour payer les enseignants ; les frais pour l’uniforme scolaire ; les frais pour le matériel (cahiers, manuels, etc). Grosso modo, l’école est sur leur dos et leurs enfants deviennent des élèves dans des milieux malsains, dans des salles de classe surpeuplées, dans des conditions déplorables.

"Les parents sont abandonnés à leur triste sort. Le gouvernement, comme les enseignants, ne plaide pas leur cause. Même si rien n’est encore dit à l’heure actuelle, il est certain que les parents ne voudront pas aliéner leurs enfants. Tout laisse présager que le gouvernement ne saura pas payer le salaire tel que négocié à Mbudi. Ce qui va ramener, comme autrefois, la charge des enseignants sur les parents qui tiennent à tout prix à l’instruction de leurs enfants. Dans ce cas, il n’y a aucune différence avec les écoles privées".

Conclusion

L’année scolaire 2007-2008 au Congo et dans d’autres pays africains ne commence ni dans la joie ni sous les meilleurs auspices. On ne sortira pas si tôt de ce marasme, malgré les congrés internationaux, les colloques, les déclamations, les gestes humanitaires, le moralisme et les bons sentiments de la communauté internationale et aussi d’une partie des Africains, victimes, parfois malgré eux, parfois non, de ce désastre.

[1] L’ex-Congo belge, auparavant Zaïre, capital Kinshasa