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Dati recenti contraddicono il discorso ufficiale del governo e del ministero della Pubblica Istruzione : la discriminazione scolastica colpisce tutte le clasi sociali del mondo dell’immigrazione.

 

Articolo del quotidiano informatico "Mediapart’ publicato il 23 febbraio 2014. Articolo in francese.

Scolarité des enfants d’immigrés : la mauvaise note de la France

PAR LUCIE DELAPORTE

ARTICLE PUBLIÉ LE SAMEDI 22 FÉVRIER 2014

La dernière enquête PISA révèle une plus faible

performance des élèves issus de l’immigration, à

milieu social équivalent. Des chiffres qui vont à

l’encontre de toutes les statistiques officielles publiées

jusque-là.

Le sujet est sensible. Politiquement inflammable.

Ce qui explique, peut-être, que parmi les très

riches enseignements de l’enquête PISA dévoilée en

décembre – qui a consacré une fois de plus le système

scolaire français comme l’un des plus inégalitaires

de l’OCDE – la question de la moindre performance

des élèves “issus de l’immigration” ait été si peu

commentée.

Pourtant cet aspect de l’enquête mérite qu’on

s’y arrête. Selon l’OCDE, « les élèves issus de

l’immigration (première et deuxième générations –

ndlr) accusent des scores inférieurs de 37 points à

ceux des élèves autochtones, soit presque l’équivalent

d’une année d’études (contre 21 points, en moyenne,

dans les pays de l’OCDE) », et ce à milieu social

équivalent. Un chiffre en totale contradiction avec

les statistiques officielles françaises qui ont montré

avec constance depuis des années qu’à milieu social

égal, les résultats scolaires des enfants issus de

l’immigration étaient les mêmes, voire légèrement

supérieurs à la moyenne.

Ainsi lorsque Claude Guéant, en pleine campagne

électorale de 2012, avait affirmé que les enfants

d’immigrés étaient responsables « pour deux tiers

 » de l’échec scolaire en France, les chercheurs

n’avaient pas manqué de rappeler cette donnée

essentielle. Expliquant cette sur-réussite par un plus

fort investissement des familles immigrées à milieu

social comparable, les spécialistes de la question

balayaient ainsi l’idée d’une scolarité des enfants

d’immigrés problématique en soi (lire notre article

sur le sujet).

« On ne peut pas dire qu’il y a contradiction

puisqu’on ne contrôle pas les mêmes choses et que

la méthodologie suivie n’est pas du tout la même,

prévient la directrice de la DEPP, Catherine Moisan,

qui a supervisé l’enquête de l’OCDE en France. PISA

est une photographie des performances à 15 ans, les

enquêtes en question (les enquêtes françaises – ndlr)

portent, elles, sur des trajectoires scolaires et les

niveaux de diplôme. » Contrairement à une aptitude à

résoudre un problème de maths à un instant donné –

ce que mesure PISA –, le niveau de diplôme atteint

– ce que mesurent les études françaises – est en

effet le résultat de quantité de facteurs : l’ambition

des familles, les choix d’orientation, l’environnement

scolaire, etc.

Or que sait-on des parcours scolaires des enfants de

la deuxième génération ? Ont-ils les mêmes chances,

les mêmes opportunités de réussir ? Ont-ils les mêmes

ambitions que la population majoritaire ?

Alors que ces questions sont politiquement

fondamentales, la recherche publique paraît

paradoxalement encore balbutiante. Les écueils sont

effectivement nombreux. Interroger le fonctionnement

de l’école, c’est mettre en doute le mythe républicain

auquel les acteurs de l’institution sont très attachés

puisque l’école serait intrinsèquement indifférente

à l’origine. Questionner les publics, ces élèves et

ces familles immigrées, c’est aussi prendre le risque

d’ethniciser, d’essentialiser des capacités scolaires...

Rédhibitoire.

Pour complexes qu’elles soient, ces questions méritent

pourtantd’être posées. Non seulement parce que –

l’enquête PISA le montre – il y a un échec plus

important chez ces élèves que l’origine sociale ne

suffit pas à expliquer, mais aussi parce que le

sentiment d’injustice ou de discrimination au sein de

l’école des élèves issus de l’immigration s’exprime de

plus en plus fortement.

L’enquête Trajectoires et origines, menée

conjointement par l’INED et l’INSEE, constitue à

cet égard une nouveauté. Établie sur une solide

base statistique (22 000 répondants), elle fournit des

informations sur les parcours scolaires au sein des

immigrations récentes d’Afrique subsaharienne, de

Turquie et d’Asie du Sud-Est, encore peu étudiées, et

permet des comparaisons avec des immigrations plus

anciennes comme celle du Maghreb.

Dans un article à paraître de la Revue économie et

statistique de l’INSEE, les chercheurs Yaël Brinbaum

et Jean-Claude Primon décrivent ainsi, au-delà des

tendances générales connues dans la population,

des élèves issus de l’immigration (plus de sorties

scolaires sans diplôme, plus d’orientations en voie

professionnelle, plus de redoublements), des parcours

scolaires très contrastés selon l’origine de ces élèves.

21 % des enfants d’immigrés déclarent avoir

été à un moment discriminés à l’école

Dans l’accès à l’enseignement supérieur, les écarts

sont par exemple beaucoup plus grands entre

descendants d’immigrés de différents endroits du

globe (entre ceux originaires de Turquie ou d’Asie

du Sud-Est, pour prendre deux extrémités) qu’entre

descendants d’immigrés et population majoritaire.

L’enquête confirme que « les écarts scolaires à

la population majoritaire disparaissent presque tous

avec la prise en compte de l’environnement social

et familial », sauf pour deux groupes : chez les

descendants turcs, la probabilité d’être non diplômé

ou de ne pas être bachelier reste toujours plus forte

que dans la population majoritaire, de même que

chez les descendants d’Afrique guinéenne et centrale

(Cameroun, RDC, Côte d’Ivoire…).

Des chiffres, évidemment, qu’il conviendrait

d’expliciter et qui ne suffisent pas à comprendre

l’écart observé par PISA. « Il est aussi important

de combiner sexe et origine – ce que PISA ne

fait pas », souligne Yaël Brinbaum qui a présenté

lors d’un récent colloque ces résultats. Dans

l’enseignement professionnel, les garçons originaires

d’Afrique guinéenne ou centrale sont deux fois plus

nombreux que les filles de la même origine. Autre

exemple : partout, les filles descendantes d’immigrés

réussissent beaucoup mieux que les garçons, à

l’exception des jeunes filles turques.

Pour la première fois, une enquête statistique solide

a aussi mesuré le sentiment d’avoir été ou non

discriminé dans son parcours scolaire. Une question

encore taboue il y a quelques années. À la question :

« Personnellement, avez-vous le sentiment d’avoir

été traité différemment des autres élèves : lors des

décisions d’orientation ? dans la notation ? dans

la discipline et les sanctions ? dans la façon de

s’adresser à vous ? », 21% des enfants d’immigrés

répondent positivement à l’une de ces questions, le

palier de l’orientation arrivant en tête des injustices

ressenties.

Ce que révèle aussi cette enquête, c’est que

le sentiment de subir des discriminations n’est

pas également réparti chez les élèves issus de

l’immigration. Le sentiment d’injustice s’élève à 30%

chez les descendants d’immigrés nord-africains, à

33% parmi les descendants d’immigrés subsahariens

et à 31% chez ceux de Turquie, c’est-à-dire parmi

les catégories d’élèves où les non-diplômés sont les

plus nombreux. « À l’opposé, l’expérience d’injustices

scolaires est peu rapportée par les descendants

de l’immigration d’Asie du Sud-Est (14%), qui

réussissent plutôt bien », note Yaël Brinbaum.

« Il est intéressant que la discrimination comme

sentiment subjectif soit entendue, mais il me semble

que le lien avec une discrimination réelle et

objective n’est pas encore suffisamment travaillé »,

assure de son côté le chercheur Fabrice Dhume,

coauteur du récent rapport sur l’intégration qui

a défrayé la chronique ainsi que de nombreux

ouvrages sur la question des discriminations. « Ce

que mes travaux montrent, c’est que ce sentiment

s’exprime parfois à des moments où il n’y a pas

objectivement de discrimination, mais qu’il dit souvent

une discrimination qui a pu avoir lieu des années

auparavant, lors d’un redoublement en primaire par

exemple », précise-t-il. Pour lui, la recherche doit

donc aussi mettre en lumière les mécanismes propres

au fonctionnement de l’école, qui peuvent aboutir

à des discriminations objectives. Et, à cet égard,

beaucoup reste encore à faire.

Revenons à l’enquête PISA. La dernière mouture

souligne que les résultats des élèves issus de

l’immigration sont, en France, quel que soit le milieu

social, bien inférieurs à ce qu’ils sont dans d’autres

pays. En mathématiques, la matière majoritaire cette

année dans les tests, sous le niveau 2 (niveau basique

qui exclut pratiquement de poursuivre l’école au-delà

de la scolarité obligatoire), ils sont par exemple 16%

issus de l’immigration au Canada ou en Australie,

contre 43% en France. Des données qui interrogent

évidemment le système scolaire français.

 [1]

Si la recherche a depuis des années décrit l’effet

de l’environnement scolaire, la ghettoïsation des

établissements liée à la ségrégation urbaine, une

offre scolaire – options, filières professionnelles

très inégales sur le territoire – dont pâtissent plus

particulièrement les enfants issus de l’immigration,

elle a encore peu travaillé à l’échelle des

établissements et des pratiques enseignantes.

L’expérimentation dite de « recherche-action », lancée

en 2009 dans plusieurs établissements scolaires de

Grenoble sous la houlette de Fabrice Dhume, reste

en la matière une exception (lire ici notre article).

Dans ces collèges et lycées, enseignants, CPE et

éducateurs volontaires ont accepté de passer au

crible leurs pratiques pour identifier d’éventuels

mécanismes de discrimination. Comment notent-ils ?

Qui sanctionnent-ils et en quels termes ? Comment

sont orientés les élèves ? Des questions que la

recherche s’est déjà posées sur la manière dont filles et

garçons pouvaient être traités différemment à l’école

(voir ici), mais qu’elle a encore beaucoup de mal à se

poser pour les « minorités visibles ».

Reste que, de l’avis de ceux qui y ont participé, cette

recherche a déjà contribué à infléchir leurs pratiques,

par le simple fait de les avoir, parfois pour la première

fois, réellement interrogées.

 

[1] lire_aussi