Des millions d’enfants dans le monde sont condamnés à la pauvreté et à des horizons limités du fait de l’incapacité des gouvernements à réduire les inégalités profondes et persistantes dans l’éducation, indique un Rapport de l’UNESCO rendu public aujourd’hui.

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La faillite du programme mondiale "Education pour Tous"

Présentation du Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous 2009 lors de la Conférence mondiale de l’éducation au BIE (Bureau International de l’éducation) à Genève le 25 novembre

"Perseverare diabolicum est"

"Come si voleva dimostrare"

Malgré un programme contestable de recrutement massif de pseudo-enseignants formés à la vite en quelques semaines pour scolariser de millions d’enfants dans des conditions déplorables, auxquels souvent on enseigne dans une langue qu’ils ne connaissent pas et que la plupart des enseignants contractuels (c’est ainsi qu’on appelle les pseudo-enseignants recrutés après un cour de formation raccourci et avec des contrats précaires ) ne maîtrisent pas non plus, malgré des millions investis pour des pseudo cours de formation, des pseudo-évaluations organisées pour démontrer que ces enseignants sont aussi performants que les enseignants titulaires ayant suivi une formation complète, malgré de nombreux congrès, colloques et séminaires internationaux sur la scolarisations dans les pays en voie de développement, malgré des centaines d’experts envoyés sur le terrain, on arrive à la conclusion que l’objectif de l’éducation primaire pour tous d’ici 2015, c’est à dire le projet de scolariser tous les enfants du monde au moins jusqu’au niveau de l’instruction élémentaire complète (ce qui signifie en Europe entre 4 et 6 ans d’école, sans compter l’éducation préscolaire), ne sera pas atteint.

Salle de classe en Guinée Bissau

Salle de classe, enseignement primaire, en Guinée Bissau, 2007

Le programme est un échec. On peut prévoir dès maintenant une autre méga-rencontre mondiale (une Jomtien 2 ou Dakar 2, par exemple) réunissant des bonnes âmes pédagogiques pour relancer le programme, établir un autre objectif autour de l’année 2015. Préparons-nous à payer les frais de déplacements de centaines de ministres de l’éducation et de centaines de hauts fonctionnaires de l’éducation ainsi que les analyses de dizaines de consultants.

L’échec du programme est imputable à plusieurs facteurs, mais le principal est sans aucun doute l’entêtement à proposer un modèle inadéquat de scolarisation. Seulement en adoptant une stratégie radicalement différente par rapport à celle suivie jusqu’ici pendant désormais des décennies, qu’ on pourra trouver des solutions viables, utiles, libératrices.

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Présentation du rapport "Vaincre l’inégalité : l’importance de la gouvernance" , Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous, UNESCO, Paris 2009 (cliquer surr le titre pour être adressés sur le site de l’UNESCO).

Sous le titre Vaincre l’inégalité : l’importance de la gouvernance, le Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous 2009 dénonce l’effet conjugué de l’indifférence politique, de politiques nationales inefficaces et de promesses internationales non tenues. Selon le Rapport, les disparités « inacceptables » observées dans l’éducation au niveau national et mondial sont en train de saper les efforts de réalisation des objectifs internationaux de développement.

« Lorsque les systèmes financiers s’effondrent, les conséquences sont patentes et les gouvernements agissent », constate le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura.

« Lorsque les systèmes éducatifs échouent, les conséquences sont moins visibles, mais tout aussi réelles. L’inégalité des chances en éducation alimente la pauvreté, la faim et la mortalité infantile et réduit les perspectives de croissance économique. C’est pourquoi les gouvernements doivent agir avec un plus grand sentiment d’urgence ».

Le Rapport de l’UNESCO évoque le « large fossé » qui sépare les pays riches des pays pauvres pour ce qui est des chances de s’instruire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

- Dans les pays en développement, un enfant sur trois en âge d’intégrer l’école primaire (soit 193 millions d’enfants) souffre de lésions cérébrales et de perspectives d’éducation réduites pour cause de malnutrition. Ce chiffre dépasse parfois 40 % en Asie du Sud. La forte croissance économique de certains pays n’a guère contribué à réduire la malnutrition infantile, ce qui fait douter de l’efficacité des politiques actuelles.

- 75 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisés. Près du tiers d’entre eux vit en Afrique subsaharienne.

- Alors qu’un bon tiers des enfants des pays riches achève des études supérieures, dans la majeure partie de l’Afrique subsaharienne, ils sont moins nombreux à aller jusqu’au terme de l’enseignement primaire, et 5 % seulement à parvenir au niveau universitaire.

Les disparités nationales sont le reflet des inégalités mondiales. Dans des pays comme l’Éthiopie, le Mali ou le Niger, les enfants appartenant aux 20 % les plus pauvres ont trois fois moins de chances de fréquenter l’école primaire que les enfants appartenant aux 20 % les plus riches. Au Pérou et aux Philippines, les enfants appartenant aux 20 % les plus pauvres bénéficient de 5 années d’éducation en moins que les enfants des familles les plus fortunées.

La richesse n’est pas le seul marqueur de désavantage. Les filles continuent d’être pénalisées. L’écart de scolarisation entre les sexes reste important dans une bonne part de l’Asie du Sud et de l’Afrique subsaharienne. Les handicaps liés à la langue, à la race, à l’appartenance ethnique et aux différences entre citadins et ruraux demeurent insurmontables. Au Sénégal, les enfants des zones urbaines ont deux fois plus de chances d’être scolarisés que les enfants des zones rurales.

Pourtant, comme le rappellent les auteurs du Rapport, « les conditions dans lesquelles les enfants naissent, leur sexe, la richesse de leurs parents, leur langue et la couleur de leur peau ne devraient avoir aucune incidence sur leurs chances en matière d’éducation ».

De nombreux objectifs hors de portée

Le rapport annuel de l’UNESCO dresse un bilan détaillé des progrès accomplis dans la réalisation d’objectifs clés de l’éducation, comme la protection et l’éducation de la petite enfance, l’universalisation de l’enseignement primaire, l’égalité entre les sexes, l’alphabétisation ou la qualité de l’éducation. Il relève des avancées encourageantes dans certains pays parmi les plus pauvres. Pourtant, en l’absence de mesures radicales, de nombreux objectifs seront manqués, et parfois dans des proportions spectaculaires.

Un exemple : celui de l’éducation primaire universelle (EPU). Dans certains pays ou régions, les progrès sont prodigieux. L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud et de l’Ouest ont vu bondir leurs taux nets de scolarisation depuis 1999. La Tanzanie et l’Éthiopie ont chacune réduit le nombre des non scolarisés de plus de 3 millions. Confronté à une guerre civile, le Népal a néanmoins fait d’importants progrès. Au Bangladesh, dans une région marquée par de profondes inégalités entre les sexes, filles et garçons parviennent désormais à égalité au niveau secondaire.

Mais il faut se rendre à l’évidence : le monde est mal parti pour atteindre l’enseignement primaire universel d’ici 2015, l’un des objectifs internationaux du développement.

Les projections partielles indiquent qu’il restera 29 millions d’enfants non scolarisés en 2015. Un chiffre sous-évalué, puisqu’il exclut des pays en proie aux conflits comme le Soudan ou la République démocratique du Congo. En outre :

- le Nigéria devrait compter 7,6 millions d’enfants non scolarisés en 2015 et le Pakistan 3,7 millions. « Ces deux pays combinent une gouvernance faible avec des niveaux élevés d’inéquité dans le financement et la fourniture des services », précise le Rapport. Au Pakistan, l’école n’accueille que 80 filles pour 100 garçons.

- en Éthiopie et au Burkina Faso, plus d’un million d’enfants ne seront pas scolarisés en 2015 ;

- au total, 12 pays abriteront plus d’un demi million de non scolarisés en 2015.

Le Rapport de l’UNESCO rappelle que ces chiffres n’offrent qu’un baromètre partiel de l’étendue du problème. Des millions d’enfants entament une scolarité, mais l’abandonnent avant d’avoir achevé le cycle primaire. L’évaluation des acquis scolaires met aussi clairement en évidence la mauvaise qualité de l’enseignement : beaucoup d’élèves quittent l’école sans avoir acquis un minimum de compétences en lecture et en calcul.

- Au Brésil, en Indonésie et en Tunisie, 60 % au moins des élèves du secondaire se situent au niveau le plus bas des évaluations internationales sur les acquis en sciences.

- En Inde, selon une évaluation, près de la moitié des élèves de 3e année du primaire ne sont pas capables de lire un texte destiné aux élèves de 1ère année.

Pour rattraper ces retards, des réformes d’envergure et des investissements plus massifs sont nécessaires. Dans de nombreux pays, les systèmes scolaires souffrent d’un manque chronique de financement et de resources humaines. Rien qu’en Afrique subsaharienne, il faudra recruter 3,8 millions d’enseignants d’ici à 2015 pour parvenir à l’enseignement primaire universel.

Mais le Rapport évoque aussi d’autres déficits. On estime en effet à 776 millions le nombre d’adultes analphabètes dans le monde – 16% de la population mondiale. Les deux tiers sont des femmes. Au rythme actuel, ils seront encore plus de 700 millions en 2015.

Des politiques pour améliorer l’équité

Vaincre l’inégalité : l’importance de la gouvernance propose un vaste agenda de réforme. Le message clé est que les pouvoirs publics doivent renforcer leur engagement en faveur de l’équité et de la justice sociale. « Si les gouvernements veulent s’engager sérieusement sur la voie de l’Éducation pour tous, ils doivent aussi s’employer plus sérieusement à lutter contre l’inégalité », estime Koïchiro Matsuura.

S’appuyant sur l’expérience internationale, le Rapport met l’accent sur les politiques susceptibles de remédier aux inégalités les plus criantes : suppression des droits de scolarité dans l’éducation de base, investissements accrus de l’État, incitations financières à la scolarisation des filles et des groupes marginalisés, amélioration de la qualité de l’éducation. La décentralisation est par contre un facteur potentiel d’inégalité, dans la mesure où elle creuse l’écart de financement entre régions riches et régions pauvres.

L’Amérique latine offre un exemple prometteur. Plusieurs pays de la région ont introduit des programmes d’allocations en espèces versées aux ménages défavorisés sous condition de fréquentation scolaire et de suivi sanitaire des élèves. L’un des plus ambitieux, le programme Oportunidades, mis en oeuvre au Mexique, est actuellement expérimenté à New York.

Les auteurs du Rapport sont réservés sur les pratiques actuelles de réforme de la gouvernance éducative. Ils mettent en garde contre l’exportation vers les pays en développement des « modèles de gouvernances » des pays riches. Les politiques visant à compenser les carences de l’État en recourant au secteur privé sont également sujettes à caution : « Si l’offre privée peut s’avérer utile dans certaines zones, l’éducation pour tous doit reposer d’abord sur des services publics d’éducation de base efficaces et abordables », estime Kevin Watkins, Directeur du Rapport. « Là où le système public d’enseignement est défaillant, il appartient aux gouvernements de le remettre en état ».

L’aide internationale ne tient pas ses promesses

Les engagements internationaux ne sont pas respectés, accuse le Rapport, qui parle d’« échec collectif » de la communauté des donateurs.

Au terme d’un prudent calcul, les auteurs estiment qu’il manque quelque 7 milliards de dollars EU annuellement pour réaliser l’éducation de base d’ici 2015. « Ces importants déficits de financement ralentissent le progrès », souligne le Rapport.

Les donateurs présents en 2008 à la Réunion de haut-niveau sur la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement ont fait des déclarations encourageantes, mais concernant l’aide, la tendance actuelle est inquiétante :

• En 2005, les donateurs se sont engagés à augmenter leur aide de 50 milliards de dollars EU d’ici 2010. Or les engagements actuels font craindre un déficit de financement de 30 milliards de dollars EU, dont près de la moitié pour l’Afrique subsaharienne.

• Les engagements internationaux en faveur de l’éducation de base stagnent depuis 2004, ce qui augure mal des engagements à moyen terme.

• L’Initiative de mise en oeuvre accélérée -le cadre multilatéral d’appui à l’Éducation pour tous- ne répond pas aux attentes. Les sommes allouées sont insuffisantes et d’ici 2010, la somme manquante pour soutenir les pays dont les plans sont approuvés pourrait s’élever à 2,2 milliards de dollars EU.

Or, insiste le Rapport, « si les donateurs prennent vraiment au sérieux leurs engagements en faveur de l’éducation, ils ne peuvent pas se permettrent de laisser s’écouler encore plusieurs années de déficit ».

Les auteurs du Rapport sont particulièrement critiques à l’égard des pays qui réaffectent leur aide au profit de l’enseignement supérieur. Si des pays comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni consacrent plus de 60 % de leur budget d’aide à l’éducation de base dans les pays à faible revenu, d’autres n’ont pas les mêmes priorités. En France, la part d’aide à l’éducation affectée à l’éducation de base dans les pays pauvres n’est que de 12 %. En Allemagne, elle ne dépasse pas 7 %.

« Ces deux pays privilégient le financement de l’accueil d’étudiants étrangers dans leurs propres universités », constate le Rapport. Ils « accordent moins d’importance à l’éducation de base dans les pays les plus pauvres ».

Le Rapport exhorte aussi les États-Unis et le Japon à consacrer à l’aide au développement une plus large part de leur revenu national.

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Article publié par le service "education" de BBC News, le 25 novembre 2008

World to miss primary school goal

The goal of primary education for all will be missed unless rich countries meet their aid pledges, according to a UN report.

The Unesco report predicts some 29 million children will be out of school by 2015, when all primary age children are supposed to be in education.

This is partly due to the "collective failure" of the international community to deliver on aid pledges.

A shortfall of at least $30bn is holding back progress, the report says.

Director general Koichiro Matsuura called on governments to act with a greater sense of urgency.

Malnutrition

He said : "When financial systems fail, the consequences are highly visible and governments act.

"When education systems fail the consequences are less visible, but no less real.

"Unequal opportunities for education fuel poverty, hunger and child mortality, and reduce prospects for economic growth."

The Unesco report added that a "vast gulf" of educational opportunity separated rich and poor states.

It found that a third of children in developing countries had their brain development impaired by malnutrition by the time they reached primary school age. This figure rises to 40% in some parts of South Asia.

It also found that high economic growth in some countries had done little to reduce child malnutrition.

’Poor standards’

However, the report said there were some marked increases in primary school enrolments in sub-Saharan Africa and west Asia.

Tanzania and Ethiopia, for example, have increased the number of children in school by 3 million.

But it said : "The bad news is that the world is not on course for achieving international development target of universal primary education by 2015."

According to predictions, at least 29 million children will still be out of school in 2015.

Nigeria is set to have 7.6 million children out of school by then, while 3.7 million children in Pakistan are expected to be out of school.

Additionally, Pakistan still enrols only 80 girls for every 100 boys in schools.

There will be 12 countries with over half a million out-of-school children in 2015.

The report also said school systems were failing to deliver good quality education - many children leave without having gained the most basic literacy and numeracy skills.

One assessment in India, for example, found just under half of primary pupils were two years behind what was expected in reading levels.

The report called for increased public investment and the removal of school fees for basic education.

It cited an encouraging example from Latin American countries which have introduced a programme of payments made conditional on school attendance and health visits.

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