Pour "PôleMag", la revue du bureau de l’Unesco à Dakar, le principal défi de la scolarisation en Afrique c’est le doublement du nombre d’enseignant d’ici 2020. D’autant qu’il est lié à la question de la qualité des enseignants, souvent précaires, recrutés.

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Deux millions et demi d’enseignants d’ici 2020

A mi-parcours de l’objectif fixé à Dakar pour l’atteinte de la scolarisation primaire universelle (SPU), la question enseignante en Afrique subsaharienne devient l’enjeu clé. D’une part, les besoins restent importants : pour atteindre l’objectif de la SPU, on estime que deux millions et demi d’enseignants supplémentaires devront encore être recrutés d’ici 2020. D’autre part, au regard des préoccupations grandissantes pour la qualité et l’équité de l’enseignement, les analyses révèlent que deux aspects pourtant fondamentaux du défi enseignant restent dans l’ombre : soutenir la motivation et améliorer la gestion du personnel enseignant.

C’est une folie, mais personne ne l’avoue. Où aller les chercher ? Comment les former ? Comment les aider ? Où trouver les ressources ? Le SPU (acronyme pour "Scolarisation primaire universelle") n’est plus un objectif à atteindre pour 2015, comme l’UNESCO et la Banque mondiale l’avait proclamé dans le programme "Une éducation pour tous (EPT, autre acronyme qui a fait fortune dans les cercle de l’ UNESCO) décidé dans la déclaration de Dakar de 2000, mais pour 2020. On se donne de l’air au sein des OI (Organisations Internationales) et on déplace de dix ans les objectifs. N’empêche personne ne sait où aller trouver les ressources pour un objectif somme tout médiocre : la scolarisation primaire universelle. A ce rythme en 2100 on ne risque pas d’atteindre la scolarisation secondaire du premier cycle universelle. L`Afrique restera l`Afrique et le continent continuera à engloutir des sommes faramineuses pour le développement de l’éducation, une armée de scientifique continuera à se rendre en Afrique pour étudier, tester, mesurer les avancées du modèle et les experts auront l’opportunité de se rencontrer dans une suite continuelle de colloques, conférences, séminaires. Tout ira bien, en gros. Il suffit seulement d’un peu de pudeur pour ne pas se raconter une autre histoire, pour se taire.

La danse des estimations des besoins d’enseignants est en soi un élément indicatif de l’incertitude qui règne sur les objectifs et les stratégies à suivre pour scolariser l’Afrique. L’année dernière dans un article du quotidient français "Le Monde" on parlait d’un manque de 18 millions d’enseignants afin d’atteindre l’objectif de l’ EPT d’ici 2015, un des huit objectifs du millénaire fixés par les Nations unies. L’estimation s’étendait à toute la planète, pas seulement à l’Afrique, qui par ailleurs avait sa part dans ce déficit. Il y a du travail pour les organisations internationales !

Sans élaborer un autre modèle de scolarisation on ne sortira jamais de l’impasse. Il est inutile d’imaginer d’implanter en Afrique les solutions de l’ hémisphère Nord, d’ignorer les défauts de ces solutions, de ne pas concevoir des stratégies alternatives et pour finir de ne pas s’interroger sur les finalités et la justification d’une scolarisation universelle à l`occidentale.

Doubler le nombre d’enseignants en Afrique

Le Pôle de Dakar , par ailleurs un excellent centre d’observation et de recherche de l’UNESCO, a publié en septembre 2009 une lettre d’information (PôleMag No.14, annexée à cet article) dans laquelle on extrapole les besoins d’enseignants en Afrique pour atteindre la SPU d’ici 2020. Il en faudrait deux millions et demi. Courage : encore un petit effort à ce propos. Voici un fantastique bassin d’emploi pour une partie de chômeurs européens qu’on pourrait préparer en grande vitesse pour en envoyer en Afrique (on devrait trouver des candidats) ou pour redonner un goût de vie aux enseignants démoralisés des systèmes d’enseignement des pays opulents en leur offrant une perspective de fin de carrière alléchante d’un point de vue des motivations à enseigner, à donner quelque chose aux ignorants et aux pauvres. Donner du sens à un métier en perte de vitesse, au moins là où ils végètent : voici une belle prospective. Le problème est la pénurie des enseignants au Nord (sauf en Italie). Mais on pourrait inventer quelque chose, organiser une conférence internationale pour les échanges d’enseignants Nord-Sud. On commence toujous de cette manière. L’Eglise catholique a par ailleurs résolu à sa manière le problème avec les curés : autrefois il y avait une armada de missionnaires blancs qui partaient pour l’Afrique ; maintenant on a renversé le flux et on a des prêtes africains qui viennent sauver les paroisses européennes pour soigner les âmes des riches.

 Un ennième projet ambitieux

Selon l’éditorial du coordonnateur du Pôle de Daka Jean-Pierre Jarousse, il faudrait mettre en place un projet ambitieux (tous les projets d’éducation en Afrique sont qualifiés comme ambitieux depuis des décennies) en " débutant avec la réalisation d’un diagnostic national et se poursuivant dans un dialogue social. Ainsi, en s’appuyant sur un diagnostic, en le partageant et en engageant une discussion, il serait possible de dépasser les blocages qui caractérisent trop souvent la question enseignante dans les pays africains et menacent directement les progrès de la scolarisation enregistrés récemment". Ce projet existe déjà est s’appelle TTISSA et a été conçu au sein de l’UNESCO. Il vise à produire un guide méthodologique pour l’ instruction de la question enseignante en Afrique [1].

 

 

[1] Voir la description et les exemples dans la lettre d’information annexée

Les documents de l'article

pdf_Pole_Mag_14FR.pdf