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Evaluation des enseignants

This document is based on a communication at the Royal Economic Society, Annual meeting 2007 (11-13 April), University of Warwick, UK.

L’accès à la scolarisation de base reste loin d’être satisfait dans les pays francophones de l’Afrique subsaharienne. Dans la perspective de réaliser les objectifs du millénaire, l’essentiel des pays de la zone a modifié les normes de recrutement des enseignants du primaire. L’Etat n’a plus recruté de fonctionnaires, mais des contractuels à durée déterminée ; par ailleurs, des collectivités territoriales et des associations de parents d’élèves ont directement recrutés ces enseignants. Ceci conduit à recruter des enseignants au salaire minoré et dont la période de formation pédagogique est significativement réduite. Il est donc logique de s’interroger sur la qualité des apprentissages des élèves confiés à ces enseignants. En mettant en oeuvre sur des données homogènes, pour trois pays Mali, Niger et Togo, une méthode non paramétrique d’appariement par quantile des progressions des élèves au primaire suivant que leurs sont affectés des maîtres fonctionnaires ou d’autres statuts. De manière générale l’efficacité pédagogique des enseignants non titulaires est relativement plus efficace pour les enfants de niveau scolaire initial le plus faible dans les classes de grade inférieur ; alors que les enseignements titulaires tendraient à faire davantage progresser les élèves d’un bon niveau initial. Ceci tendrait à souligner l’apport de ces « nouveaux maîtres » pour faire accéder à l’école les populations les plus désavantagées. Les effets sont aussi différents suivants les 3 pays concernés, d’effets positifs au Mali, les résultats des non-titulaires sont mitigés au Togo et négatifs au Niger. Ceci est cohérent avec les différences entre les trois pays du mode de gestion de ces enseignants et retrace pour l’essentiel l’impact du local. De manière nette, les effets positifs sur le Mali et le Togo paraissent liés à une plus forte implication des structures locales sur le suivi de ces enseignants ; alors qu’au Niger le processus n’a été que peu déconcentré.

Dans un autre article, L’éducation dans l’ Afrique de l’Ouest: avancer tout en reculant, on a déjà abordé le problème posé par le défi de l’Education pour tous que doivent relever les pays africains et on a mis en évidence les risques politiques pris en recrutant en masse comme enseignants des personnes peu formées pour ouvrir des classes partout, généraliser la scolarisation dans l’enseignement primaire et atteindre l’objectif du taux de scolarisation à 100% du groupe d’âge allant grosso modo de 4-5 ans à 11-12 ans.

Plusieurs évaluations menées au cours de ces dernières années ont essayé de mesurer l’efficacité de ce personnel recruté sur le tas (qu’on appelle les enseignants contractuels), c’est à dire d’évaluer l’efficacité de leur enseignement en partant des résultats de leurs élèves dans des tests standardisés et de comparer ces résultats avec ceux des enseignants dit fonctionnaires ( selon le modèle français de recrutement et gestion du personnel de l’enseignement) dont la caractéristique principale est d’avoir reçu une formation initiale (selon un modèle variable) soit dans les écoles normales soit dans les instituts de formation des maîtres. D’autres enquêtes ont évalué les compétences académiques ( ce qu’on pourrait appeler le niveau culturel et scolaire) des enseignants contractuels et des titulaires. Plusieurs de ces études arrivent à la conclusion que l’efficacité pédagogique des enseignants contractuels, non titulaires n’est pas pire que celle des enseignants titulaires, qui sont par ailleurs beaucoup plus payés et qui jouissent d’ un contrat de travail à durée indéterminée. Dans certains cas il semblerait que leur efficacité soit au moins identique sinon meilleure de celle des titulaires. D’autres études démontrent que le niveau culturel ou académique des deux groupes d’enseignants est faible, voire insuffisant, et qu’il ne serait pas trop différent. On voit donc bien l’exploitation qu’on pourrait tirer de ces études sur le plan de la gestion du personnel de l’enseignement. Or si l’on considère comme valables ( ce qui n’est pas le cas, car les bases du calcul sont basées sur un modèle de scolarisation particulier) les etimation de l’UNESCO qui servent pour le moment au pilotage des politiques de recrutement du personnel de l’enseignement en Afrique, il faudrait recruter 60 000 nouveaux enseignants au Niger, 55 000 au Mali et 12 000 au Togo (UNESCOUIS 2006, p. 41). Si on tient compte du flux des départs on estime qu’il faudra environ 150 000 nouveaux enseignants pour ces trois systèmes d’enseignement. Cet effectif correspond au double du stock des enseignants actuellement en service.

Ces études souffrent de plusieurs biais théoriques, déjà signalés dans l’article cité. Elles posent aussi de redoutables problèmes méthodologiques. Ce n’est probablement pas un hasard si dans les pays de l’émisphère Nord on n’ose pas mener des enquêtes sur l’efficacité des enseignants, analogues à celle qu’on réalise dans les systèmes d’enseignement africains, toute chose égale par ailleurs.

L’étude de Jean Bourdon, Markus Frölich et Katharina Michaelowa qui vient d’être diffusée par l’IREDU est intéressante tout d’abord pour les informations qu’elle fournit et ensuite pour la richesse des références données sur le sujet. Elle représente par ailleurs une avancée méthodologique dans ce type d’évaluation car elle se base sur une analyse non paramétrique d’appariement par quantile qui permet de désagréger finement les effets de l’enseignement. Cette démarche permet aux auteurs d’observer qu’il y a une plus grande efficacité des enseignants contractuels par rapport aux enseignants titulaires lorsqu’il s’agit des résultats des élèves les plus faibles dans les classes initiales, à la condition nénamnoins que ces enseignants soient l’objet d’un suivi local intense et travaillent en étroite liaison avec les familles. Est-ce qu’on peut supposer une généralisation de ces paramètres à l’ensemble des systèmes d’enseignement africains? Par ailleurs, les auteurs travaillent sur les données collectées par les enquêtes PASEC qui n’on pas été conçues pour ce type d’évaluation, ce qui en limite la validité des conclusions, malgré les précautions méthodologiques prises, et ils acceptent l’hypothèse de départ d’une généralisation de la scolarisation selon le modèle proposé par l’UNESCO.

Compte-rendu paru dans le site du Café pédagogique, L’Expresso du 30 mai 2007

Une étude valide l’appel à des auxiliaires pour assurer l’Education pour tous en Afrique

De nombreux pays africains, et particulièrement le Togo, le Mali et le Niger, ont fait appel à des auxiliaires pour faire face à la montée du taux de scolarisation et assurer l’objectif de la scolarisation pour tous. L’Iredu publie une étude de Jean Bourdon, Markus Frölich et Katharina Michaelowa sur la qualité des apprentissages des élèves qui leur sont confiés.

"De manière générale", écrivent-ils, "l’efficacité pédagogique des enseignants non titulaires est relativement plus efficace pour les enfants de niveau scolaire initial le plus faible dans les classes de grade inférieur ; alors que les enseignements titulaires tendraient à faire davantage progresser les élèves d’un bon niveau initial. Ceci tendrait à souligner l’apport de ces « nouveaux maîtres » pour faire accéder à l’école les populations les plus désavantagées".

Mais l’étude souligne les différences entre les trois pays. D’effets positifs au Mali, les résultats des non-titulaires sont mitigés au Togo et négatifs au Niger. Ce qui est en cause c’est le mode de gestion de ces auxiliaires. Les résultats sont meilleurs quand ils sont gérés localement. "De manière nette, les effets positifs sur le Mali et le Togo paraissent liés à une plus forte implication des structures locales sur le suivi de ces enseignants ; alors qu’au Niger le processus n’a été que peu déconcentré".

Les documents de l'article

iredu_dt_2007_6.pdf