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La proportion d’adultes âgés de 15 à 65 ans à Genève dont les compétences en littératie, numératie et résolution de problèmes sont estimées insuffisantes est élevée

Contrairement à la France, la Suisse, comme l’Italie par ailleurs, a participé à la deuxième enquête de l’OCDE sur la littératie et les compétences des adultes (enquête ALL) qui a été effectuée en 2003 et dont les premiers résultats ont été publiés en 2005.

Une description succincte de l’enquête a été fournie par le National Center for Education Statistics (NCES) des Etats-Unis (en anglais).

L’échantillon helvétique d’adultes ayant accepté de participer au test était composé de trois sous-échantillons, un pour chacune des trois régions linguistiques les plus importantes. En outre, les Cantons de Genève et de Zürich ont participé à cette enquête avec un échantillon cantonal représentatif de la population adulte du Canton.

Le Service de la recherche en éducation du Département de l’Instruction du Canton de Genève vient de publier une analyse détaillée des données genevoises. Les conclusions soulèvent des interrogations de fond sur l’évolution des sociétés qu’on appelle avancées ou sociétés de l’information, sur les conditions de fonctionnement des sociétés démocratiques, sur les relations entre la formation initiale et les niveaux de littératie des adultes. L’équipe de chercheurs genevois constate qu’encore trop d’adultes ont des compétences-clés insuffisantes, mais il faut aussi retenir qu’à Genève 51% des résidents sont nés à l’étranger (contre 26% en moyenne dans l’ensemble de la Suisse) et que le test était effectué en français. Cette situation n’explique pas tout car un bonne partie de ces adultes ont effectué toute ou presque toute leur scolarité à Genève et ont grandi à Genève.

Cette enquête, qui a rassemblé une mine d’informations sur la populations adultes grâce à des questionnaires d’accompagnemnt du test qui étaient particulièrement détaillés, permet de repérer ce que le rapport désigne comme les personnes à risque, c’est-à-dire les personnes qui à cause de leurs faiblesses en littératie rencontrent des problèmes d’insertion dans la société comme elle est actuellement organisée et comme elle fonctionne. De ce point de vue, un chapitre éclairant de ce rapport est celui qui met en relation les niveaux de littératie avec la santé. En Suisse romande, environ 15% des adultes cumulent des compétences insuffisantes en littératie ou en numératie et une mauvaise santé physique. Cette constatation n’est pas surprenante mais confirme des observations non systématiques et aboutit à des recomendantions sur la manière de communiquer en matière de santé avec ce public.

En conclusion, cette enquête et ce rapport aident à cibler les groupes de populations les plus exposés aux risques de marginalisation dans les sociétés cosmopolites et dans les métropoles modernes et qui sont gravement pénalisées soit dans leur vie quotidienne soit dans les situations de crise (par exemple dans les cas de perte d’emploi ou de logement). L’enquête ALL montre par ailleurs que la participation à la formation continue a un effet relativment modeste sur le niveau de compétences. Ces informations qui méritent d’être vérifiées et précisées soulèvent bien évidemment beaucoup de questions sur le sens et les finalités des systèmes d’enseignement, sur leur pilotage et donc sur la nature et les orientations des politiques de l’éducation.