Document de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Département Etudes et recherches (HALDE).

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Le système scolaire est-il juste ?

Si, de longue date, les sciences sociales se sont penchées sur les inégalités dites " sociales " pour expliquer les différences de trajectoires, que savons-nous à ce jour de l’influence de " l’origine " dans l’orientation et les parcours des élèves ? Cette question, au cœur de la problématique de cet ouvrage, a été peu abordée en tant que telle par les chercheurs et peine encore à être identifiée au sein des travaux statistiques. Le mérite de cette revue de littérature, qui regroupe un corpus de plus de 450 textes scientifiques publiés entre 1964 et 2010, est de donner une visibilité à ce sujet peu traité, en évaluant l’état des savoirs et des recherches sur la question. Cette publication est d’autant plus précieuse qu’elle intervient au moment où la question des discriminations à raison de l’origine parvient à enfin s’inscrire à l’agenda des politiques publiques françaises.

Volume publié par la "Documentation Française" :

Année d’édition : 2011
Réf. : 9782110084484
288 pages, 14,8x21 cm
ISBN : 978-2-11-008448-4

18€

 

Présentation de l’Expresso, 6 juin 2011. Extrait de l’ éditorial de François Jarraud :

 

Peut-on et doit-on parler de discrimination ethnique à l’Ecole ? L’étude de Fabrice Dhume, Suzana Dukic, Séverine Chauvel et Philippe Perrot que publie la Halde conclue en demandant de nouvelles études. Dans le climat actuel doit on étudier ou prendre position ?

 

Une étude presque exhaustive. Le gros ouvrage que publie la Halde est principalement un "état des recherches". Reprenant près de 500 travaux publiés depuis la fin des années 1960, les auteurs concluent en soulignant des résultats contradictoires. Il est vrai que des travaux ont d’abord nié la discrimination (Clerc et Girard en 1964), puis montré une meilleure réussite des enfants "étrangers" , toutes choses étant comparables par ailleurs (Caille et Vallet 1996), avant d’établir une discrimination socio-urbaine mais dont les effets scolaires sont complexes (Felouzis en 2003).

 

Une étude ambiguë.Du coup les auteurs proposent la constitution d’un groupe de travail, la formation des enseignants "pour la mobilisation du droit" et la création de "pôles collectifs de vigilance". Et on retrouve dans cette conclusion les ambigüités de l’enquête : pourquoi des comités de vigilance si la discrimination n’est pas établie ? Pourquoi, si elle est établie, des groupes de travail ? Si l’étude a repris avec beaucoup de clarté les travaux français, elle ne mentionne pas les résultats de PISA qui montrent que la France est un des pays qui creuse l’écart négativement entre les élèves d’origine étrangère et les autres.

 

Mais ce qui fait son ambiguïté c’est aussi le contexte qui l’accueille. On pourrait rappeler les récents propos du ministre de l’intérieur liant échec scolaire et immigration. Ils participent de la banalisation des préjugés racistes dans la société en général. Et l’Ecole n’y échappe pas. Les représentations négatives des élèves issus de l’immigration peuvent maintenant s’exprimer librement (et gageons qu’elles ne seront pas sans conséquences scolaires).