La Suisse doit améliorer l’organisation et la qualité de ses activités de recherche et développement (R-D) en éducation, afin que celles-ci soient plus utiles à l’élaboration des politiques et aux pratiques éducatives, selon un nouveau rapport de l’OCDE publié le 31 janvier 2007

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Peut mieux faire : Un rapport de l’OCDE engage vivement la Suisse à améliorer recherche et développement dans le domaine de l’éducation

Ce rapport s’insère dans le projet du CERI/OCDE sur les politiques de recherche en éducation, un thème que le CERI travaille régulièrement depuis une trentaine d’années . Selon les modalités habituelles en vigueur dans ce genre d’exercice, les pays qui participent à ces exercices le font sur une base volontaire : les analyses s’effectuent sur demande et sont payées par les pays. Au départ de l’étude il y a toujours un rapport national rédigé par des services du pays demandeur. L’équipe d’examen qui a analysé la situation de la recherche en éducation en Suisse en 2005-2006 se composait de Rudolf Tippelt, professeur de pédagogie à l’Université de Munich,(Président) ; d’Andrew Pollard, professeur de pédagogie à l’Institut d’éducation de l’Université de Londres et directeur du Programme de recherche en enseignement et en apprentissage au Royaume-Uni ; et de Marijk van der Wende, professeur au Center for Higher Education Policy Studies de l’Université de Twente et à la Vrije Universiteit (Amsterdam). M. Francesc Pedro, analyste principal à l’OCDE/CERI, a assisté l’équipe d’examen tout au long du processus et coordonné la rédaction de ce rapport.

Cette activité a pour objet d’évaluer l’efficacité du système R&D d’un pays donné comme mode de collecte des connaissances que les enseignants et les décideurs politiques peuvent exploiter. Les examens ont porté jusqu’ici sur la Nouvelle-Zélande, l’Angleterre, le Mexique et le Danemark.

Le rapport de l’OCDE n’apporte pas de grandes révélations sur la situation de la recherche en éducation en Suisse. Plusieurs travaux menés en Suisse aussi bien au sein du PNR 33 qu’au sein de la SSRE (Société Suisse de Recherche en éducation) depuis une dizaine d’années ont photographié et dénoncé l’état particulier de la recherche en éducation en Suisse. L’étude de l’OCDE cependant a le mérite de confirmer ces analyses et de pointer les aspects les plus faibles de la politiques de la recherche en éducation dans un des pays qui a été, pendant soixante d’ans environ, entre le début du 20ème siècle et les année 60, à la pointe dans le domaine de la recherche en éducation et avait atteint une renommée mondiale grâce à ces laboratoires de recherche en psychologie, psycho-pédagogie, psychologie clinique, pédagogie expérimentale et éducation comparée, dirigés par des personnalités scientifiques de premier plan comme Jean Piaget, André Rey, Edouard Claparède. Ce cadre idyllique a disparu. La Suisse n’est plus à la pointe de la recherche en éducation et n’est plus un pôle d’attraction mondial dans ce secteur. Le rapport de l’OCDE n’offre pas une explication de cette évolution. Il manque à ce propos de souffle, mais cet examen est une instantanée, une évaluation externe de la situation actuelle qui n’avait pas le but de reconstituer l’histoire de la recherche en éducation en Suisse.

Le rappel de ce passé glorieux aurait dû se trouver dans le rapport national de base présenté pas la Suisse et qui a servi comme point de départ à l’analyse des experts de l’OCDE, mais il n’ y a pas de traces dans ce rapport d’une explication quelconque. Par ailleurs, ce document, existe, pour le moment, seulement en anglais et n’est pas encore disponible en français, ce qui est significatif en soi si on pense que le pôle historique de la recherche en éducation en Suisse a été localisé à Genève et dans la Suisse romande. Certes, la disparition des figures légendaires helvétiques de la recherche expérimentale et empirique en éducation a affecté la suite des évèvenement, mais la faiblesse actuelle de la recherche en éducation en Suisse a d’autres raisons. De toute façon, avec ses limites, le rapport de l’OCDE dénonce un situation pénible. Compte tenu de la procédure adoptée et des règles qui régissent ce genre d’exercice, le rapport fait autorité et mérite d’être lu et discuté en Suisse.

Il est important de donner tout de suite la définition de recherche en éducation qui constitue le référentiel du projet du CERI : "La recherche est comprise au sens de processus de création de connaissances conforme aux normes scientifiques admises visant à garantir sa validité et sa véracité. Dans le présent examen, on établit une distinction entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. La première est dictée par la curiosité et un intérêt intrinsèque pour un phénomène ou un problème, alors que la seconde est expressément destinée à résoudre un problème lié à l’action publique ou à une pratique donnée. Dans les deux cas, le processus de création de savoir part d’une théorie qui peut être confirmée ou remise en cause par de nouvelles recherches".

Je reprends ici la présentation du rapport élaborée par l’OCDE :

"Prenant note du caractère hybride de la Confédération helvétique sur les plans culturel et linguistique, ainsi que de la complexité des relations entre les centres de pouvoir aux niveaux municipal, cantonal et fédéral, les auteurs du rapport de l’OCDE intitulé "Examen du système de recherche et développement en éducation : Suisse" préconisent une amélioration de la coordination et l’adoption de mesures qui permettent de s’attaquer aux problèmes concernant l’obligation de rendre compte et la transparence.

La majorité des chercheurs jouissent d’une situation confortable sur le plan professionnel car ils n’ont guère besoin d’affronter la concurrence pour pouvoir obtenir des ressources financières, ce qui en revanche limite les possibilités offertes aux jeunes chercheurs et encourage peu la réalisation de travaux de recherche novateurs. Les auteurs du rapport font de plus remarquer que, comparativement aux autres pays de l’OCDE déjà examinés, le niveau global de l’investissement de la Suisse dans la R-D en éducation est faible. Ils estiment que la réalisation d’un plus grand nombre d’études empiriques quantitatives, l’harmonisation des indicateurs et des bases de données, l’amélioration des mécanismes de financement et l’échange des connaissances avec les spécialistes internationaux, contribueraient à renforcer la qualité de la recherche.

Le rapport de l’OCDE précise toutefois que pour relever ces défis, il ne faut pas nécessairement investir davantage de ressources financières. Il y a moyen d’y parvenir à la fois en tirant le meilleur parti possible des dépenses actuelles et en renforçant au maximum l’efficacité des établissements suisses existants de R-D en éducation. Certaines initiatives ont déjà ouvert la voie au changement. La Conférence suisse de coordination pour la recherche en éducation (CORECHED) constitue un excellent cadre pour améliorer la coordination et la définition des priorités au niveau national, et les "centres de compétences" (Leading Houses) mis en place par l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie représentent un mode d’articulation de la recherche, de l’élaboration des politiques et de pratiques éducatives qui pourrait inspirer d’autres secteurs de la recherche concernant l’enseignement.

Il s’agit de la cinquième d’une série d’études que le Centre pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement (CERI) de l’OCDE a lancée en 2001. Les précédentes ont été consacrées au système de R-D en éducation de l’Angleterre, de la Nouvelle-Zélande, du Mexique et du Danemark. L’étude concernant la Suisse et un rapport de base de la CORECHED, qui en a demandé la réalisation, peuvent être téléchargés à partir du site internet du CERI".

Les documents de l'article

OCDE_CH_R_D.pdf
CH_R_DNatRep.pdf