Neuroscienze e scienze cognitive : nuove scoperte sugli effetti dell’alfabetizzazione

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Neuroscienze e scienze cognitive

Quali sono le conseguenze conoscitive dello sviluppo della cultura alfabetica e dell’apprendimento della scrittura ? Le neuroscienze ed in particolare la neuroetnologia (combinazione di neurologia e etnologia) aprono nuovi orizzonti che inducono a riflettere, prove alla mano, sugli effetti indiretti dell’apprendimento della scrittura e della scrittura e quindi della scolarizzazione. Non è tutto oro quel che luccica, verrebbe da dire. Accanto a quello che si guadagna c’è anche quel che si perde. Forse varrebbe la pena riflettere su questi aspetti prima di rivendicare un’istruzione scolastica per tutti (in special modo nei continenti dove la scolarizzazione è in ritardo), di proporre interventi artificiosi di scolarizzazione generalizzata. Anche nelle società totalmente alfabetizzate dove non si riesce a scolarizzare tutti quanti, dove la dispersione scolastica è elevata, dove il prolungamento del tasso di speranza di scolarizzazione è percepito come un progresso, dove l’espansione della scuola è un dogma, forse sarebbe opportuno rivedere i principi sui quali si fondano questi discorsi e questi programmi. E’ probabilmente prematuro trarre conclusioni dalle scoperte delle neuroscienze, ma questo è un campo che si sta rivelando molto proficuo per il futuro dell’istruzione.

Nella rubrica "Polemiche" del supplemento "Futurs" del quotidiano Libération del 16 ottobre Pierre Pica pubblica una colonna dal titolo "Apprendre à lire, un handicap ?". La domanda merita di essere posta alla luce delle scoperte in corso nell’ambito della neurologia etnica e delle neuroscienze della cognizione e degli studi sul cervello condotti con le nuove tecniche della risonanza magnetica (vedasi i rinvii alla fine di questo articolo). Pica afferma che che "queste ricerche tendono ad indicare che il nostro cervello non può imparare senza limiti (ndr. : la capacità d’apprendimento del cervello non è illimitata), e che imparando noi disimpariamo pure." Questa constatazione non è nuova ed è ora corroborata da ricerche condotte con le tecniche delle neuroscienze nella popolazione dei Mundurucus che vive nello stato del Paranà in Brasile. Questo gruppo è poco scolarizzato ed ha conservato pratiche d’apprendimento non scolastiche.

Secondo Pica, il senso della simmetria, molto sviluppato tra i Mundurucus, potrebbe diminuire con l’apprendimento dell’aritmetica e del calcolo esatto al posto del calcolo approssimato. Stessa cosa con la capacità ad orientarsi nello spazio che si attenua con l’apprendimento della scrittura. Dobbiamo perciò porsi la domanda del valore di quel che disimpariamo quando accumuliamo i nuovi saperi : quali sono le facoltà che vanno in letargo ? Ci sono indispensabili ?

La colonna di Pierre Pica non è stata messa in linea dal quotidiano Libération. Riprendiamo qui pertanto un’intervista a Pica apparsa sullo stesso quotidiano il 16 giugno 2007.

Articolo apparso sul quotidiano Libération, 16 giugno 2007

« L’absence d’écriture pourrait être une stratégie de survie »

Par Azar KHALABATARI

Libération, samedi 16 juin 2007

Pierre Pica est linguiste au CNRS et à Paris-VIII. Avec Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France, et Elizabeth Spelke, de l’université Harvard (Etats-Unis), il étudie le rapport entre calcul, langue et géométrie chez les Mundurucus, une population indigène de l’Etat du Para, au Brésil.

Comment expliquer l’usage de mathématiques « non formelles » chez des peuples qui n’ont pas d’écriture ?

Des travaux de neuro-imagerie et de psychologie ont permis de définir les contours des « mathématiques naturelles ». Elles reposent essentiellement sur la capacité à réaliser des formes de symétrie simples, à établir une correspondance entre des quantités et des encoches pratiquées sur un support, et aussi à calculer de manière approximative... Or, ces facultés semblent profondément modifiées lorsqu’apparaît l’écriture ou l’utilisation des mathématiques exactes. Une enquête récente (1) montre que des jeunes enfants qui ne savent pas lire et écrire sont capables d’effectuer des calculs arithmétiques approximatifs : ils savent que 24+30 dépasse 35... mais pas de combien. Il semblerait que nous ayons tous à la naissance cette faculté de calcul approximatif. Le système de comptage des Mundurucus, comme celui de beaucoup de peuples sans écriture, est basé sur le corps : une main, deux bras... Ils parviennent à effectuer des opérations d’addition et de soustraction exactes pour des nombres allant de 1 à 5... Ensuite, ils passent à « beaucoup », et le calcul se fait de manière approximative, comme nous l’avons montré (2). Nos résultats conduisent à poser une question : existe-t-il ou non un lien entre calcul exact et développement de l’écriture ? Les deux facultés apparaissent souvent de concert, et l’on sait qu’un système de chiffres apparaît souvent en même temps que l’alphabet.

Quelle autre aptitude en mathématiques naturelles est liée à l’absence d’écriture ?

Il semblerait que la notion de symétrie autour de deux axes ­ un axe vertical lié au corps et un autre lié à l’horizon du paysage ­ soit également modifiée avec l’acquisition de l’écriture. Pour que l’écriture puisse émerger, il faut que cette symétrie basée sur deux axes cède la place à une symétrie fondée sur plusieurs axes. Ceci permet de distinguer un p d’un b par exemple, et en même temps d’identifier une lettre malgré des écarts d’écriture, ce qui suppose une décomposition plus fine des formes. De fait, chez les peuples à culture orale, l’utilisation de la symétrie à deux axes a une grande importance dans les dessins et l’ornement. Pour les Mundurucus, c’est essentiel : cela les aide à se repérer dans la forêt, localiser rapidement des prédateurs, et développer une capacité de navigation (3). Or, cette faculté de navigation paraît diminuée lorsque se développe le langage. Sachant qu’elle est indispensable à la vie dans la forêt amazonienne, je me demande même si le fait de ne pas posséder de langue écrite ne relève pas d’une « stratégie de survie » pour conserver la faculté de navigation... Cela pose beaucoup de questions sur les aires cérébrales affectées à la capacité de développer ces mathématiques naturelles et l’écriture.

S’agit-il des mêmes régions du cerveau ?

Il semblerait que oui. Les études au sein de la population Mundurucu et aussi l’analyse des images du cerveau obtenues sur des patients atteints d’alexie (impossibilité de reconnaître les mots) ont conduit Stanislas Dehaene à formuler l’hypothèse du « recyclage neuronal ». Le développement de l’écriture/lecture utilise la région visuelle ventrale inféro-temporale, auparavant affectée à d’autres tâches telles que la reconnaissance des visages ou de scènes naturelles. On peut supposer que chez les sujets qui ne savent pas écrire, cette région est affectée à la notion de la symétrie à deux axes. En revanche, chez les sujets lettrés, cette aire neuronale est le siège de la reconnaissance des lettres, des chiffres ou des formes symétriques complexes. Tout se passe comme si la réaffectation d’aires neuronales à des tâches nouvelles s’accompagnait aussi de l’apparition de nouvelles formes culturelles au profit de d’autres. Cela revient à dire qu’en apprenant l’écriture, nous perdons ailleurs d’autres facultés, d’autres savoirs. Sommes-nous gagnants au bout du compte ? C’est la grande question. La réponse dépend de ce dont nous avons besoin pour vivre dans nos environnements respectifs : forêt d’Amazonie, désert, ou paysage urbain.

(1) Nature du 31 mai 2007

(2) Science du 15 octobre 2004

(3) D’après Charles R. Gallistel de l’université de Rutgers.

Ricerche su artimetica e cervello

Neuroimagining della cognizione

Les documents de l'article

Aritmetica_con_le_mani.jpg
Numeri_astratti_ScM.pdf